Bien-être

Quand marcher dans la rue en étant une femme n’est pas compatible avec tranquillité !

marcher

Miroir-Animé est un blog dédié à la beauté, au bien-être et à la bienveillance. Si parfois mes thématiques sont légères et par moment même jugées bien superficielles, mon projet initial est et restera le bien-être des femmes, et le bien-être, ça passe par bien des sujets. 

Aujourd’hui je suis en colère, méga énervée, exaspérée, dégoutée, fatiguée, lassée…

Avec ma meilleure amie on a débriefé ce matin notre journée d’hier et on s’est lancées dans un échange sans fin toutes les deux à coup de messages vocaux WhatsApp interminables : franchement, on aurait pu en faire un podcast. 

Des échanges on en a en permanence, mais celui là est bien animé (pas de jeu de mots avec le nom du blog, je vous jure) et je sais malheureusement que n’importe quelle femme se reconnaîtra ou reconnaitra les propos d’une amie, d’une soeur, d’une mère, d’une fille dans cet article. 

Hier, je devais aller voir deux amies : passer l’après-midi avec Louise et ensuite aller pique-niquer avec Chloé. En ce moment, je ne suis pas méga en forme, je ne sais jamais trop comment m’habiller, il fait chaud, j’ai l’impression que rien ne me va et j’en ai marre de mon dressing, mais pas le choix, je ne pouvais pas y aller toute nue. 

La logique aurait voulu que je m’habille avec ce qui me plaisait et point barre, la réflexion aurait dû s’arrêter là. La réalité, c’est que je suis une femme et en donc par conséquent, en tant que femme, je ne peux me permettre d’en faire qu’à ma tête quand je sais que le soir je vais rentrer un peu tard et donc, que je vais probablement devoir marcher un peu dans la rue pour retrouver ma petite voiture. Vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ? 

J’ai donc tout calculé. En prenant en compte tous les paramètres : il fait très chaud, je suis pas au top dans mon corps en ce moment (comprenez il me faut du confortable mais aussi du joli pour l’estime de soi) et bien sûr le paramètre « tu es une femme, attention, prudence ! ». 

Résultat ? J’ai choisi une robe bordeau assez ample pour être à l’aise, assez légère pour la chaleur, assez jolie pour mon moral, non moulante, assez longue mais petit bémol, on voyait mes épaules… du coup ni une ni deux, veste en jean par 35 degrés par dessus pour ne pas attirer des regards malveillants. Coiffure ? Rien, cheveux détachés, rien de sophistiqué, pour ne pas attirer les regards. Chaussures ? Plates, sandales âgées de 7 ans, pas de talons pour allonger mes jambes courtes afin de ne pas attirer les regards. Maquillage ? Oui, faut pas déconner, j’en ai ma claque, je ne vais pas arrêter de me laver, de me brosser les dents, et d’être présentable pour ne pas attirer les regards, de toutes façons, ça ne fonctionne pas, j’en ai fait l’expérience que je vous raconterai un peu plus loin. 

Dans l’après midi, nous sommes sorties avec Louise, le temps d’aller faire une course. Il était 17 heures, il y avait du monde un peu partout. Après 10 minutes à marcher en plein cagnard je me suis décidée à enlever la veste, après tout on est en pleine journée, on ne va quand même pas nous faire chier alors qu’on est deux. Tu parles !!

Alors qu’on marchait le long de la Loire tranquillement, trois connards n’ont pas pu s’empêcher de nous adresser la parole avec des propos dignes des plus gros lourdingues. Avec Louise, on a continué notre conversation, sans relever, sans même échanger un regard entre nous. 

Ce matin en discutant toutes les deux elle me dit « Ouais, c’est comme les trois gros lourds d’hier qui nous on parlé, je sais pas si tu as vu ? » Bien sûr que j’ai vu ! Et là je me suis dit « C’est ouf, on en a même pas parlé hier entre nous sur le moment, en fait, nos cerveaux ont intégré que c’était la norme, qu’il n’y avait pas de souci, en fait c’est comme ça. Donc une fois de plus en tant que femmes on accepte, on intègre, on supporte et finalement on banalise. Sans le vouloir bien sûr ! Je n’accuse pas notre absence de réaction ! Je me dis que c’est triste en fait que cela fasse parti de notre quotidien dans la rue au même titre que le chant des oiseaux ou le son des Klaxons en ville »

Une heure plus tard, j’ai marché seule depuis chez Louise pour rejoindre Chloé. Il devait être environ 18h15, il y avait toujours autant de monde. Ma petite promenade a du durer moins de 10 minutes. Il a suffit de moins de 10 minutes pour me faire siffler 2 fois, pour qu’un mec s’arrête à ma hauteur pour me faire un signe et pour qu’un autre essaye de me parler. 4 mecs ou plutôt 4 connards, 10 minutes, on est donc sur un ratio d’un connard toutes les 2min et demi. Eh bien heureusement que je ne la rejoignais pas à l’autre bout de la ville ! 

Quand ça m’arrive je n’ai plus envie de baisser les yeux comme une victime, je n’ai plus envie de les regarder dans les yeux par peur de les exciter car oui, quand vous osez les regarder ils comprennent « Hum elle est chaude celle là, elle est intéressée ! » ou alors « Hum elle a peur cette pute, si je la terrorisais un peu plus, elle qui est toute seule dans la rue ? » 

Et n’osez surtout pas lever les yeux pour leur répondre que vous n’êtes pas intéressée ! Vous risqueriez de vous faire encore plus emmerder. Je me rappelle d’une fête de la musique où un mec m’avait dit « T’es jolie », trop conne que j’étais du haut de mes 19 ans et ne voulant pas faire vague j’avais simplement dit « merci » en souriant et j’avais passé mon chemin. Le mec m’avait rattrapée « Ouais sale pute t’as pas à répondre quand je te parle ! Arrête de chercher ! ». 

Je me rappelle avoir paniqué et avoir eu l’impression de me liquifier.

Maintenant je garde la tête haute, et j’ignore. Malheureusement parfois ça ne suffit pas. 

Hier soir, après un chouette pique-nique avec Chloé, c’était l’heure de rentrer. Chloé a un principe de base, comme beaucoup de filles : on se ramène l’une et l’autre systématiquement. On rentre toutes les deux à la voiture de la première pour conduire la deuxième à sa voiture. C’est adorable. Mais quand on y pense vraiment, c’est pas aberrant ? 

Ma voiture était à moins de 10 minutes de l’endroit où on était, en ville, il faisait encore un peu jour comme nous sommes en été, marcher en bord de Loire à cette heure là c’est agréable mais non en fait, c’est pas possible quand on est une fille ! Ça pourrait être un super moment mais non, toujours par prudence, on évite ! Je sais qu’il ne faut pas vivre dans la peur et s’empêcher de vivre, mais j’ai vécu tant d’expériences merdiques que je n’ai plus envie en fait. 

Il y a trois ans, quand je n’habitais pas mon patelin actuel mais que je vivais en ville, je me rappelle être allée chez Décathlon en compagnie de Robin pour choisir un short. Oui, vous avez bien lu « choisir » et pas juste « acheter ». Pourquoi ? Parce qu’on était en juin, qu’il faisait méga chaud et que je courrais toujours avec un legging et un sweat attaché autour des hanches pour ne pas qu’on voit… mes fesses ! (Pourquoi cette habitude ? Eh bien tout simplement car le premier weekend où j’avais emménagé à Grenoble j’avais décidé à 10h du matin d’aller courir au bord de l’Isère, à un endroit où les familles et les chiens se promenaient, qu’aurait-il donc pu m’arriver ? Eh bien je vais vous le dire, alors que je courrais tranquillement un connard est arrivé à fond derrière moi en vélo et m’a gentiment collée une.. fessée ! Oui oui, une fessée ! Je n’ai même pas eu le temps de crier, tellement sous le choc en voyant le mec s’éloigner à fond, je me rappelle en avoir pleuré) Mais en vrai ça me faisait chier de continuer à porter ce sweat, ça me tenait trop chaud. On est donc allés choisir un short : il ne fallait pas qu’il soit trop court, il ne fallait pas qu’il soit trop moulant, la couleur devait être neutre : bref ! Tout pour ne pas attirer le regard ! 

Un mercredi soir, je me décide à sortir courir avec Robin et ce soir là, il n’avait pas envie. Je me fais violence pour y aller seule, car j’ai toujours cette peur, et je calcule tout. Ok, il fait méga chaud, je mets le short, par contre comme on voit mes jambes, il ne faut pas que j’attire le regard sur le haut (sachez que oui, même sans poitrine vous pourriez les exciter avec vos pectoraux de mec). Mon choix ? Un vieux t-shirt de foot délavé de Robin, le truc ample et informe qui ne va à personne. Niveau coiffure, ça tombe bien j’ai les cheveux gras, je fais deux tresses de gamine, ça fera l’affaire. Maquillage ? Je prends bien le soin de me démaquiller, faudrait pas qu’on pense que je cherche un mec quand même. Quoi ? C’est pas pour ça qu’on porte du maquillage ? 

Bref, je pars courir, en prenant le soin d’indiquer dans les moindres détails mon parcours à Robin, car oui, ça aussi quand on est une fille, qui plus est une fille qui court, c’est indispensable de préciser avec exactitude le parcours emprunté. 

J’arrive donc en courant en plein centre ville, il est 17h30, heure de pointe, il y a des bouchons et tout plein de monde. Une voiture de 5 connards (ouais, je suis vulgaire mais honnêtement je ne peux pas appeler ça des « hommes » , des « garçons » ou même des « mecs » j’ai bien d’autres idées pour les qualifier mais je vais m’arrêter là) s’arrête à mon niveau et là, il s’agit tout simplement d’un festival de propos et de gestes obscènes, inqualifiables qui m’ont arrachés des larmes de colère. Ils roulaient à mon niveau (j’étais sur le trottoir) et prenaient le soin d’être à mon rythme, j’accélérais ils accéléraient bref, je ne vous fais pas un dessin. Tellement piquée, je leur réponds d’aller se faire foutre et leur adresse mon plus beau majeur. Mon dieu qu’est ce que je n’avais pas fait ?! Leur réponse ? Les mecs m’ont craché dessus. Littéralement. 

Les gens me regardaient, personne n’est intervenu. J’ai couru très vite pour traverser le pont de la Loire, en priant très fort pour qu’ils soient bloqués au feu rouge. J’ai fait explosé mon chrono et j’ai pris peur « Et s’ils me rattrapaient ? Il y a moins de monde en plus de ce côté là ! »

Dieu merci ma bonne étoile a fini par intervenir, un groupe de coureurs allait commencer l’échauffement, je leur ai demandé si je pouvais rester avec eux, leur expliquant la situation après avoir appelé Robin pour qu’il vienne me chercher. Ces gens avaient plus de 50 ans et je me rappelle de la dame qui me dit « C’est bien pour cette raison que je cours avec ces Messieurs, je ne peux pas sortir courir seule sans me faire embêter ! » À 50 ans, c’est dingue non ?!

Robin était dans une colère noire et je lui ai dit « Mon pauvre, si seulement c’était la première fois ! »

Deux jours plus tard je suis allée en centre ville, pleine journée, 14 heures, rue piétonne. Un mec s’approche d’une fille et lui demande son 06, ouais c’est encore hyper à la mode pour ces bouffons visiblement. La jeune femme lui répond gentiment le fameux « Non merci, j’ai quelqu’un », le mec lui dit « Sale pute ! », et lui crache un.. molard au visage ! Normal quoi ! La jeune femme est partie en courant se réfugier dans un magazin. J’ai re-pleuré. 

Finalement, même en réfléchissant et en anticipant TOUT ça ne va toujours pas. Louise me disait « Tu vois il y a des matins je commence à m’habiller d’une certaine façon et après je me rappelle que je vais rentrer tard le soir du coup je mets autre chose, pour éviter de me faire emmerder ! » Et je tiens à dire que Louise n’est pas une chochotte ! Si vous connaissiez son métier vous verriez que ça n’a rien à voir avec le fait d’être une flipette, ça a simplement rapport avec le fait d’être une femme !

Des exemples j’en ai mille, des plus traumatisants que d’autres, je remets la palme d’or à une gare routière de région Centre où peu importe l’heure, la tenue, le monde autour, c’est SYSTÉMATIQUE, plein tarif ! Quand j’en parle avec d’autres filles, elles me racontent elles aussi des trucs toujours plus aberrants, je me dis qu’on est en 2020, que ce n’est pas possible d’en être (encore) là ! 

En en discutant avec des hommes : conjoint, frère, père on est plusieurs à faire le constat que malgré le fait qu’ils sont des hommes « bien » et éduqués, ils n’arrivent pas à percevoir l’ampleur et la place que cela prend dans nos vies. C’est pas si compliqué non ? T’ignores et tu passes ton chemin. Faut montrer que tu es forte. Point. Ils ne se rendent pas compte de la peur dans laquelle on évolue en permanence. Combien de fois j’ai appelé ma mère, ma meilleure amie ou mon copain pour marcher 500 mètres de ma voiture à mon appart ? C’est exaspérant d’avoir besoin de faire ça. 

« Faut arrêter d’avoir peur, les gens le sentent et c’est comme ça que tu les attires pour qu’ils viennent t’emmerder » Oui, c’est certainement vrai, mais c’est dingue de dire ça non ? C’est à moi d’arrêter d’avoir peur pour ne pas les attirer, ce n’est pas à eux d’arrêter de nous faire peur tout simplement, non mais je rêve ou on marche sur la tête ? 

Pas plus tard que ce matin je suis allée courir, vous allez rire mais quand je cours je pars avec mon couteau, un sifflet attaché à mon CamelBak et je partage ma positon en direct via WhatsApp à ma mère ou à ma soeur. Vous croyez que les hommes coureurs que je croise quand je cours s’encombrent avec autant de précautions ? La réponse est « Non ». Pourquoi ? La réponse est « Parce qu’ils ne sont pas des femmes ». Terminé ! 

Franchement ça me fatigue. Être une femme ça me saoule et souvent j’espère n’avoir que des garçons plus tard. Des garçons que je vais éduquer. Éduquoi ? Éduquer ! C’est un mot peu connu au 21ème siècle visiblement. Le dictionnaire pourrait être utile. Le dictioquoi ? Laisse tomber, ouvre Google dans ton dernier iPhone à 1000 balles ou demande à Siri, tu peineras moins, comme d’habitude.  

En gros j’en ai marre. Leurs attitudes ont des conséquences considérables sur nos vies, nos organisations, nos plannings, nos dressings et ce n’est pas normal contrairement à ce que tout le monde a l’air de penser. « Arrête d’exagérer ! », « T’étais maquillée comment aussi ? », « Ouais mais il était quelle heure ? », « C’est toi qui les attires en ayant peur ! » STOOOOOOP ! 

RIEN NE JUSTIFIE DE SE FAIRE EMMERDER DANS LA RUE (ni nullepart ailleurs !)

Ici je parle de la rue mais bien évidemment il y a un package en général, si vous voyez ce que je veux dire. Certains diront qu’il ne faut pas tout confondre, je vous répondrai qu’il n’y a aucune confusion là dedans puisque le problème est systématiquement le même : le manque d’éducation et par conséquent le manque de considération de la femme en tant qu’être humain. On n’est qu’un putain d’objet comme un autre, à manipuler, terroriser, abuser, violer à sa guise ! Mes mots sont forts mais je pense être légitime pour les écrire. Non, en fait je suis légitime pour les écrire. Point barre. Je vais arrêter de m’excuser d’exister, d’être une femme qui plus est, et je vais continuer de dire tout haut ce que je pense. 

Par ailleurs, je ne ferais bien évidemment pas de commentaire sur le remaniement de notre merveilleux gouvernement, je viens de manger et je n’ai pas mon Vogalène sous la main, j’ai pas envie de tout dégueulasser. 

Comme je vous l’ai déjà dit, je ne me considère pas comme une féministe. Je me considère comme une femme, c’est tout. Et en tant que femme je refuse que moi, mes soeurs, ma mère, mes tantes, mes amies, mes cousines, les femmes du monde entier supportent l’insupportable. Je suis fatiguée de voir que des hommes (j’ai écris « DES hommes » et non « LES hommes » !) ont une liberté sans limite à nous faire chier, je ne parle pas ici de cas célèbres (et Dieu sait qu’on en a un certain nombre n’est-ce pas ?) : intéressez vous aux histoires des gens qui vous entourent et vous verrez qu’on est nombreux.ses  à combattre pour faire reconnaître la violence physique, morale et psychologique dont on est victime sans que personne n’en ai jamais rien à foutre, y compris la justice, enfin surtout la justice. Mais il n’y a pas qu’eux !

Cet article n’a rien de positif, il est long et je ne sais pas si vous aurez eu le courage de le lire jusqu’au bout. Si c’est le cas, je vous en remercie. Merci d’avoir écouté mon ras le bol. Merci de le partager si vous le comprenez car il s’agit d’un sujet important. Merci de soutenir toutes les femmes du monde, de ne pas hésiter à aider dans la rue : il suffit qu’une personne ait le courage d’intervenir pour que d’autres se joignent à elle, c’est scientifiquement prouvé ! 

Je veux aussi préciser qu’il ne s’agit pas d’un article contre les hommes, Dieu que j’aime la gent masculine. J’accuse ici les attitudes irresponsables et inacceptables qui me font vivre, à titre personnel, un enfer. Mais je ne crois pas être la seule. 

Je vous kiss, love, flex avec amour et bienveillance, 

5 commentaires

  1. Sandra a dit :

    Wow ! J’ai tout lu et on peut bien voir que tu en as ras le bol et je comprends. Malheureusement s’ils sont mal éduqués on n’y peut rien et c’est dommage… je crois que je ne connais pas une seule fille qui ne s’est pas fait déjà abordé !

  2. Jihane a dit :

    ❤️

    1. Marie a dit :

      ❤️

  3. ZabWise a dit :

    Éducation prévention rééducation..que chacun prenne sa part ..homme femme de tout âge.. Que chacun..à chaque fois qu il entend une remarque inadaptée un geste inadapté..le souligne…et ne trouve pas cela banal…sans conséquence…car la violence banalisée… Nous en sommes tous responsable..Bravo Marie pour ton article ..

    1. Marie a dit :

      Merci pour ce commentaire ❤️❤️❤️

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